R.A.P.-Échos 12

R.A.P.-Échos n°12

OCTOBRE 1995


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Dans ce numéro :
Occupation d'une agence publicitaire
Publicité dans les boîtes aux lettres
Grand jeu "la marque dans le décor"
Actions cinéma N° 16 et 17
SANGALLI II : Le retour
Chiche!
Quand la publicité fait sa publicité
libérons nos paysages!
Aléas
Courrier



OCCUPATION D'UNE AGENCE PUBLICITAIRE

Le dimanche 17 septembre 1995, à 16h, pour les douzièmes journées du Patrimoine, une grosse agence publicitaire des Hauts de Seine (CLM/BBDO, Issy les Moulineaux), ouvre ses portes au public.

Le président, le trésorier et une militante de R.A.P., s'étant concertés la veille, se présentent devant le siège, immonde forteresse rouillée dont on se demande ce qu'elle apporte au patrimoine. Un escalier mécanique à double sens, perpendiculaire à la façade, tient lieu de perron. Au niveau de l'entrée, une immense baie et des portes vitrées permettent de découvrir l'intérieur: un vaste hall, lumineux et vide, au sol plastifié. Un terrain de basket ball dont les gradins auraient été remplacés par trois étages de bureaux cloisonnés de verre.

Quelques dizaines de visiteurs, induits en erreur par une information incomplète, se voient refuser l'entrée, faute d'inscription. A la faveur d'un certain désordre et de la naïveté d'un vigile, les trois membres de R.A.P. se faufilent à l'intérieur, où les heureux inscrits attendent le départ de la visite. À l'écart, le député maire (André Santini), invité d'honneur, converse avec des gens venus l'entourer.

Les militants se rendent au beau milieu du hall, à l'endroit précis où le nom de l'agence apparaît en lettres géantes à même le sol. Là, ils déversent frénétiquement trois sacs bien remplis de prospectus publicitaires. Une banderole avec le nom de l'association est déployée, tandis qu'est proclamé ceci: "Au nom des 5 000 premiers signataires de la pétition contre la publicité dans les boîtes aux lettres, nous sommes venus vous rendre ce qui vient de chez vous. Désolés, si votre hall ressemble maintenant à une entrée d'immeuble! Ne comptez pas sur nous pour ramasser toutes vos cochonneries, puisque vous ne le faites pas chez nous!"

L'instant de stupeur passé : " Vous faites votre publicité! lance quelqu'un dans l'assistance. Vous avez raison, renchérissent les militants. C'est ce qu'on appelle de la publicité événementielle... à cette différence près qu'avec nous, le dialogue est possible."

Une responsable de l'agence ainsi que le vigile tentent, elle par l'ironie, lui par la force, de faire sortir les perturbateurs. Pendant qu'ils négocient, le député maire s'approche. Le président de R.A.P., à la barbe du vigile et sous le nez de la publicitaire, entre en conversation avec l'élu, curieux d'apprendre les préoccupations de l'association. II est question de boîtes aux lettres, mais aussi d'affichage. Le maire, rappelant fièrement ses mesures contre les formes les plus douteuses d'affichage sauvage, invite l'association à prendre contact avec son adjointe chargée de la voirie.

Après quelques minutes, la publicitaire raccompagne les militants jusqu'à la porte vitrée, occasion d'un dernier échange aigre doux :
"Vous voyez, dit elle, vous avez pu faire votre publicité, nous sommes bien dans un pays de liberté. Grâce à la publicité, précisément! C'est bien connu, n'est ce pas ? confirme le président. Vous aurez fait de l'humour jusqu'au bout... Bien sûr, puisque, pour les publicitaires, l'humour est obligatoire..."

Un communiqué est envoyé à la presse le jour même. Y.G.

PUBLICITÉ DANS LES BOÎTES AUX LETTRES

Que faire pour défendre sa boîte ?

(À l'heure actuelle, aucune méthode n'est totalement efficace.)

Publicité adressée

Renvoyer à l'expéditeur sans ouvrir et sans timbrer, après avoir rayé votre nom et marqué "refusé" sur l'enveloppe.

Ecrire éventuellement à la société qui vous dérange pour lui demander d'arrêter.

S'inscrire (gratuitement) sur la liste "Stop publicité" en envoyant vos coordonnées à l'Union Française du Marketing Direct, 60, rue La Boétie, 75008 Paris.

S'inscrire (gratuitement) sur la liste orange de France Télécom auprès de votre agence. Pour une inscription collective, demander le formulaire UFMD à R.A.P. (ou à la Coop, B 6, App. 323, Cité Salvador Allende, 93200 St Denis).

Publicité déposée

Apposer sur votre boîte un autocollant exprimant votre refus. La Coop en diffuse (voir adresse ci dessus).

Renvoyer la publicité dans une enveloppe sans timbre à la société vantée par le prospectus ou le catalogue (il y a forcément une adresse). Déposer dans les boites de la Poste ce qu'elle a déposé dans la vôtre. Écrire à votre receveur pour lui demander d'épargner votre boîte.

Envoyer la publicité au Premier ministre ou au ministre de l'Environnement sans timbrer, éventuellement avec un mot de protestation.

- Signer et faire signer la pétition "Pas de publicité dans ma boîte aux lettres", disponible auprès de R.A.P.

Troisième réunion du
groupe de travail au ministère

Le groupe de travail installé le 7 mars 1995 (voir R.A.P. Echos n°10 et 11) par l'ancien ministre de l'Environnement et dirigé par le député Michel Hannoun s'est à nouveau réuni le 13 septembre.

Il s'est surtout agi de l'examen d'un avant projet de charte (concernant les prospectus et autres publications gratuites non adressés) élaboré par le ministère sur la base des discussions précédentes. Une nouvelle réunion devant avoir lieu le 18 octobre, nous rendrons compte plus précisément de l'avancée des travaux dans notre prochain numéro.



GRAND JEU " LA MARQUE DANS LE DÉCOR "

Un film américain, sorti en France en septembre 1995 et qu'on intitulera ici "La Clandestine 1" pour ne pas lui faire une publicité imméritée, a recouru à la publicité clandestine, c'est à dire l'apparition fugitive et délibérée de marques commerciales dans le décor. Deux militants de R.A.P. s'en étant aperçus ont décidé d'alerter le public de ce film, quitte à lui gâcher un peu son plaisir, sur un procédé qu'ils jugent manipulateur. A cet effet, ils ont réalisé le tract suivant :

Grand jeu "La marque dans le décor"

vous avez choisi la Clandestine 1
BRAVO!
Trois sociétés s'en félicitent et vous invitent à retrouver leur marque... dans le décor du film
Chacune apparaîtra au moins une fois... DISCRÈTEMENT ! Il s'agit des produits suivants :

SODA - AUTOMOBILE - MATÉRIEL PHOTOGRAPHIQUE

Si vous les trouvez, envoyez vos réponses à l'adresse ci-dessous.
Une surprise vous attend...

ATTENTION... OUVREZ GRAND VOS YEUX !
R.A.P., 61, rue Victor Hugo, 93500 Pantin, (1) 46 03 59 92

(Le procédé avait déjà été utilisé en 1993 voir R.A.P. Échos n°3 , mais sur un mode plus polémique et moins ludique).

Le samedi 23 septembre 1995, vers 19 h, les deux militants se rendent dans le quartier de l'Opéra, à Paris, munis de trois cents exemplaires de ce tract. Ils ont pour l'occasion revêtu une veste et une cravate, et se sont affublés d'un badge indiquant leur prénom. Histoire de faire vrai... La quasi totalité des spectateurs de deux cinémas jouant le film en question se voient remettre le tract, dans la queue, où ils ont le temps de le lire. Pas de réaction particulière à chaud.

En revanche, une semaine plus tard exactement, le 30 septembre, dix huit réponses (sur 265 personnes abordées) arrivent à l'association, soit le tract simplement complété à la main, soit un mot écrit avec application.

Mis à part l'aspect économique en temps et en argent de cette opération, la réponse du public, surprenant les membres de RA.P. eux mêmes, donne à réfléchir:
a-t on eu raison de recourir au canular, par nature manipulateur ? L'expérience sera renouvelée afin qu'un bilan aussi bien moral que pédagogique puisse être dressé à court terme.

En attendant, que faut il envoyer à ces dix huit personnes et à celles qui ne manqueront pas de se manifester par la suite? R.A.P. accueillera toutes les idées, à condition qu'elles correspondent aux buts de l'association. L'humour, en l'occurence, est non seulement permis, mais vivement recommandé...

ACTIONS-CINEMA N°16 ET 17

Les actions cinéma de R.A.P. consistent à s'interposer entre les image publicitaires projetées avant le long métrage et les spectateurs, afin de propose un contre spectacle aux personnes qui ne sont pas intéressées par la publicité Deux août et 16 septembre 1995 : 16éme et 17éme actions cinéma à Paris.

Adoration

Le 2 août, vers 19h, quatre membres de R.A.P. se retrouvent près du cinéma, dans le quartier des Halles. Scénario prévu: installer des pliants sur la scène, s'asseoir dessus, face à l'écran, des pancartes ironiques dans le dos, et adorer la publicité. Malheureusement, la salle affiche "complet". Après maintes hésitations et une défection, les militants décident de faire l'action malgré tout et se rendent au 14 juillet Odéon.

Il faut s'adapter aux nouvelles conditions : la salle, comble, ne contient qu'une centaine de places, et, faute de scène, l'écran jouxte le premier rang.

La séance commence à 20h25. Huit minutes plus tard, avec la première image de publicité, deux militants vont se coller, debout, à l'écran, dont le bas arrive à 1,50 m du sol. Promenant goulûment et frénétiquement leurs mains sur l'écran, comme s'ils voulaient attraper les produits vantés, ils miment et commentent par des exclamations de joie et d'admiration les images qui défilent sous leurs yeux hallucinés. Chacun porte dans le dos une pancarte disant: "le cinéma c'est bien, la pub c'est mieux". Le troisième militant, quant à lui, fait face aux spectateurs arborant deux panneaux : "Moins de ciné, plus de pub !" et "J'aime la pub" (un coeur remplace le verbe aimer). Quelques rires discrets et de rares commentaire: amusés surgissent du public.

Au bout de cinq minutes environ, la publicité prend fin, les "publidrogués" d'un soir rejoignent leur place Une employée du cinéma, les interpelle: "Vous auriez dû viser d'autres salles; chez nous, il n'y a que quatre minutes de pub. Allez chez UGC ou Gaumont! Nous sommes ceux qui passons le moins de pub, vraiment vous exagérez ! Nous allons aussi chez les autres répondent en choeur les membres de R.A.P. On voit bien que vous n'avez pas besoin de travailler pou vivre. Eh bien si ! et cela n'a rien à voir", ont ils tout juste le temps de lu rétorquer avant l'extinction des lumières.

Ecran barré

Le 16 septembre, à 19h10, trois militants de R.A.P. entrent avec quelque 25 autres spectateurs dans la salle du Gaumont Opéra Français. Quand commence la publicité, deux d'entre eux s'élancent de leur place pour grimper sur la scène et déployer en travers de l'écran une interminable banderole de papier: "Non à la pollution publicitaire". De francs applaudissements accueillent leur initiative. De rares interjections fusent: "Dégagez !". Dans le public, une militante remet un tract aux spectateurs les plus curieux. Un employé de la salle, survenu au bout de deux ou trois minutes seulement, est très vite rejoint par un second pour demander aux trublions de descendre de la scène. Ceux ci n'obtempèrent qu'après avoir replié la banderole, mais avec une telle lenteur et une telle application qu'elle se retrouve coupée en deux par le plus agressif des employés. À leur descente, la directrice de la salle est là pour les accueillir : elle les sermone et leur propose de leur expliquer, mais dehors, pourquoi le cinéma a besoin de publicité. Un des militants est prêt à débattre, mais dans la salle, avec le public pour témoin. D'ailleurs, quelques spectateurs se rangent au côté des perturbateurs. Finalement, la responsable repart bredouille et les militants se rasseoient. Le film commence.

Y.G. et J. C.H.

SANGALLI II : LE RETOUR

Le 10 juillet 1995, à la station de métro Pigalle (Paris), alors que je détourne des affiches publicitaires avec des graffiti, je suis interpellé par le G.P.S.R., les "primates en uniforme" de la R.A.T.P. Ils me dressent un procès verbal et confisquent mon stylo.

Le 20 juillet, la R.A.T.P. m'écrit pour me demander le règlement d'une "amende transactionnelle" de 500 F. Le 4 septembre, je réponds à la R.A.T.P. (voir encadré ci dessous). Le 22 septembre, celle-ci m'adresse un nouveau courrier :

"Monsieur, J'ai pris connaissance de votre lettre du 4 septembre 1995, relative au procès verbal d'infraction établi sur notre réseau le 10 juillet dernier. Je vous informe que j'ai décidé de classer sans autre suite le dossier cité en référence. Je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations distinguées."

Signé "le Responsable du Traitement des Infractions".

Comme pour la première "Affaire Sangalli" (voir R.A.P.Échos n° 3 et 7), la R.A.T.P., en ne portant pas plainte, confirme la légitimité d'une action contre l'omniprésence publicitaire dans le métro. Que les personnes intéressées par une action collective prennent contact avec moi. D.S.


De D. Sangalli à R.A.T.P.

"Je considère que le procès verbal, ainsi que les poursuites judiciaires dont vous me menacez, sont illégaux, pour plusieurs raisons.

"Le procès verbal ne mentionne pas l'article du code au nom duquel il est établi ; or, j'ai le droit de connaître avec précision le texte que vous prétendez applicable.

"Quel que soit ce texte, il ne peut être que contraire à la loi du 29 juillet 1881 qui garanti la liberté d'expression, ce qui constitue une de nos libertés publiques fondamentales (...)

"La jurisprudence reconnaît l'existence d'un droit de critique à l'égard des auteurs et des oeuvres qui, en s'exposant au public, s'exposent au jugement de ce public, et par là même, à la critique.

"Si le droit à la critique est reconnu pour toute oeuvre d'art, il ne saurait en être autrement pour ce qui n'est qu'un message intéressé, expressément destiné à influer sur sa conscience, les choix et le comportement des personnes à qui la publicité est imposée.

"Aucun texte du droit français ne peut s'opposer à l'article 10 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme qui constitue l'un des fondements des sociétés démocratiques.

"Par conséquent, je m'estime fondé de vous demander d'abandonner toute poursuite à mon encontre et de me restituer mon marqueur illégalement confisqué par votre agent."

CHICHE !

(Rubrique de l'action individuelle)

Nom: Hervé. Prénom: Jean Christophe.
Domicile: Val de Marne.
lieu : ligne n°7 du métro de Paris. Date: 8 juillet 1995.

Vers 13h, JCH monte dans une rame de métro à la station Mairie d'Ivry. Tous les panneaux publicitaires de sa voiture, protégés par des vitres, mais à portée de main, montrent des affiches cartonnées vantant des réseaux de rencontres par téléphone ou minitel. Sous les yeux d'environ huit voyageurs hébétés, JCH parvient à retirer, sans épargner ses mains, toutes les affiches. Il les jette dans une poubelle du quai, à la station suivante, avant de remonter dans une autre voiture.

Là, JCH s'empare de deux nouvelles affiches, semblables aux précédentes, mais cette fois les pose ostensiblement contre la portière, côté voie, et va s'asseoir au fond pour guetter la réaction des nouveaux arrivants. Une station plus loin, montent deux voyageurs, tout d'abord indifférents. L'un d'eux s'installe sur un strapontin, juste à côté des affiches, vers lesquelles il se tourne presque aussitôt, avec un air de dépit mêlé de dégoût. Il détourne son regard, puis, se ravisant, il saisit fermement les deux images provocatrices et tente de les glisser sous les strapontins; n'y parvenant pas, il les pose, face cachée, sur le sol et les place sous ses pieds. JCH salue cet acte de bravoure par des applaudissements auxquels le voyageur répond par un sourire discret.

Vers 13h30, dans une voiture cette fois comble, JCH élimine deux dernières affiches avant de se rendre compte... qu'il a raté sa station!



QUAND LA PUBLICITÉ FAIT SA PUBLICITÉ...

On connaissait le roman dans le roman: Don Quichotte, la pièce dans la pièce: Hamlet, le miroir qui permet au peintre (NDLR: Vélasquez) d'affirmer son identité dans la toile: "les Ménines". Voici la publicité pour la publicité.

Le lundi 4 septembre 1995, un message publicitaire a informé les auditeurs qu'une campagne pour le pain devait commencer le lundi suivant.

Il faut que cette nourriture de base soit devenue bien médiocre pour que ses commerçants éprouvent le besoin d'en relancer la vente, mais là n'est pas la question. Il s'agit, une fois de plus, de dénoncer les progrès de l'agression et d'en retourner, si possible, les effets contre la source. Ne pas renoncer au pain il en existe encore de bon mais bouder ce type d'appel.

France Inter se laisse envahir par la publicité. Elle deviendra peut-être aussi pénible à écouter que ses concurrentes. N'a t elle pas déjà commencé à détourner certains auditeurs lassés de subir l'introduction publicitaire de ses bulletins météo ?
Jean Jacques Ledos.

LIBÉRONS NOS PAYSAGES !

Le soir même de leur manifestation parisienne du 20 mai 1995 (voir R.A.P. Échos n° 11), les trois associations organisatrices
Paysages de France, Résistance à l'Agression Publicitaire et l'Union Fédéraledes Consommateurs d'Alès avaient décidé de s'en prendre de nouveau à un panneau, mais cette fois illégal. La date fut fixée au 30 septembre. Restait à choisir la cible.

Le samedi 12 août au matin, sept cyclistes parisiens se retrouvent devant le ministère de l'Environnement, choisi symboliquement comme point de départ d'une "chasse" qui doit durer toute la journée. Une lettre est déposée à l'attention du ministre (Corinne Lepage) : "Quelques militants déplorant les ravages causés à l'environnement par les panneaux publicitaires ont décidé de parcourir, aujourd'hui même, à vélo, le centre de Paris pour faire le relevé des panneaux illégaux (...) Cette promenade constitue, en quelque sorte, le prologue d'une manifestation qui aura lieu le 30 septembre (...) Nous ne voulions pas enfourcher nos montures sans que vous en soyez prévenue !" A cette lettre est joint un exemplaire du tract réalisé pour l'occasion. (Le ministre chargera, le 1er septembre suivant, son conseiller technique de répondre à ce courrier en disant son intérêt pour cette question).

Cyclistes et bicyclettes sont bardés d'écriteaux mobilisateurs. La chasse commence à 10h45 et s'achèvera à 18h15, place de la République, après avoir sillonné Paris d'est en ouest et du nord au sud. Toute une journée passée à braver la pollution de l'air pour observer la pollution du paysage. D'assez nombreux passants et automobilistes se voient remettre le tract. Ainsi que deux policiers venus interpeller les chasseurs à mi parcours. Le paysage parisien se révèle à peine moins pollué que le reste de la France. Cependant, une vingtaine seulement de panneaux suspects sont relevés et photographiés :

les pollueurs semblent beaucoup plus prudents ou surveillés dans la capitale qu'ailleurs. L'impression deviendra certitude deux semaines plus tard.

Le 30 août, en effet, les photos sont montrées au Service de la publicité, dépendant de la mairie de Paris. Sur la base du règlement local de publicité, qui définit des zones d'interdiction, de publicité restreinte et de publicité élargie (zonage qui peut être acquis pour la somme de 1200 F ou consulté sur place), il s'avère que seulement quatre des panneaux relevés sont illégaux. L'un d'eux sera choisi pour l'action: il saille du mur au delà des 25 cm réglementaires.

Dans le mois suivant, la presse et les associations écologistes sont prévenues qu' "une manifestation symbolique et nonviolente" aura lieu pour interpeller "les pouvoirs publics et les citoyens" quant au fait que "notre pays est défiguré par des centaines de milliers de panneaux publicitaires". A la Préfecture de police, le commissaire divisionnaire qui reçoit la déclaration la juge "originale".

Le samedi 30 septembre, peu avant 14h, une trentaine de membres et sympathisants des trois associations se retrouvent donc au pied du panneau illégal, vers le 39, avenue Emile Zola, dans le quinzième arrondissement. Certains sont venus tout spécialement de l'Isère. Le représentant d'Alès (Gard) est là aussi. Tout comme deux policiers en civil, arrivés les premiers pour veiller jusqu'à la fin au bon déroulement de l'action...

Celle ci, qui devait initialement consister à déboulonner ce panneau de 12m² et éventuellement l'apporter en procession à la mairie de l'arrondissement, se réduit finalement à répéter celle du 20 mai dernier. Les organisateurs se sont en effet rendu compte, dans les tout dentiers jours, que le déboulonnage exigeait un soutien politique, juridique, associatif, financier, et médiatique. Les conditions n'étant pas réunies, ils ont jugé les risques trop importants pour entreprendre une telle action.

A l'aide d'une échelle, on recouvre donc le panneau de la bâche déjà utilisée, sur laquelle on peut lire: "500 000 PANNEAUX, LE VIOL!". En bas, on installe un panneau dénonciateur : "panneau illégal!" juste à côté, on accroche sur le mur les deux banderoles: "Résistance à l'agression publicitaire" et "Halte au saccage du paysage". On expose les six grandes photos montrant les dégâts causés par l'affichage à l'environnement. Le tract du jour déclare: "Libérons nos paysages! Nos entrées de villes, les banlieues, les routes principales sont devenues de véritables cloaques abandonnés à la rapacité de publicitaires sans foi ni loi (...) Ce mépris des citoyens n'est plus tolérable. Nous en avons assez des fausses promesses sur la protection du paysage et de l'environnement (...)". Et, bien sûr, l'on met la pétition sur l'affichage à la disposition des passants...

Mais les passants ne passent pas! Dix ou vingt tout au plus. Ce bout d'avenue ne semble parcouru que par les voitures, qui ne s'arrêtent pas. Un couple, tout de même, aborde un manifestant. La dame se révèle être une publicitaire: était elle là par hasard ? Elle reconnaît sans difficultés que le panneau est en effet illégal. "En quoi cela gêne t il les gens ?" demande t elle en aparté. Le manifestant s'indigne :

"Cette mainmise des commerçants sur l'imaginaire du citoyen, harcelé par tous les moyens de communication, c'est du totalitarisme. Vous manquez d'humour", lui répond elle avant d'aller parler avec les policiers. Selon le manifestant, le monsieur qui l'accompagnait n'était pas son mari. Était ce un huissier qu'elle aurait fait venir, alertée en songe des premières intentions des organisateurs ?...

Vers 15 h15, l'absence de public décide les défenseurs du paysage à plier bagage et chercher fortune plus loin, dans le centre de Paris. On opte pour la Place Saint Michel. On s'y retrouve vers 16 h, à une dizaine, et l'on forme un large demi-cercle face à la Fontaine. Les passants, cette fois très nombreux, découvrent les deux banderoles et les grandes photos. Soixante dix neuf signatures seront recueillies sur la pétition en à peu près une demi-heure.

À 16h30, à la demande de policiers en civil, l'action prend fin. Les militants dressent le bilan de (après midi et fixent la prochaine manifestation nationale au 28 septembre 1996 à Paris.

Une lettre datée du jour même sera envoyée au maire du quinzième arrondissement pour demander l'enlèvement ou la mise en conformité du panneau.
Y.G.


ALÉAS

(Rubrique des incidents de parcours)

10 août 1995, Paris. Aucune affiche ne montrant alors, dans les rues, des personnages dévêtus, les militants de R.A.P. n'ont pu se déshabiller eux mêmes pour "faire comme sur le panneau". Par ailleurs, des divergences sont apparues quant au bienfondé de cette action : certains redoutent qu'elle ne fasse le jeu des publicitaires. Aucune date n'est donc prévue pour l'instant.

Fin septembre, Toulouse. La semaine d'action prévue n'a pas déchaîné l'enthousiasme des associations locales et des lecteurs de R.A.P. Échos. La présence d'un administrateur de R.A.P. à Toulouse a permis tout de même de renforcer les liens avec Planète en Danger (voir R.A.P. Échos. n° 11) et d'enregistrer une interview pour Radio Soleil. La présence de R.A.P. s'est limitée à un collage d'autocollants ("LA PUBLICITÉ NOUS PREND POUR DES CONSommateurs") sur du mobilier urbain publicitaire.


COURRIER

(Extraits reproduits avec l'autorisation de leur auteur)

- "Les interruptions des séquences publicitaires dans les cinémas sont une très bonne chose. L'on entend trop souvent des gens dire: "les publicités au cinéma, ce n'est pas la même chose que les affiches murales ou les spots entendus à la radio. Au cinéma, les publicités sont intelligentes, belles, etc.". II faut tordre le cou à cette idée que la publicité est une activité de type artistique et manifester contre tout ce qui peut faire croire que la publicité est un phénomène culturel digne d'éloges" (Louis Allix, 60).

- "Depuis toujours je suis persuadé que la pub nous fait le plus grand mal en générant chez nous vulgarité, futilité, infantilisme, frustrations et sentiments d'envie et de jalousie, facteurs de haine. Je suis maire d'un petit village des Pyrénées, et Principal d'un collège à Perpignan. Ici et là j'essaie de dénoncer ce mal qu'est la publicité" (Léonce Cambre, 66).

- "Je commençais sérieusement à penser que mon allergie était anormale, vu l'accueil réservé à mes récriminations : "Moi j'aime bien ça", "ça détend", "c'est sociologique", "de toute façons, on peut rien y faire !" " (Ludovic Desmedt, 21).

- "J'avais tendance à peu lire et beaucoup agir en mouvements de jeunesse ces derniers temps, et cela fait un an que je lis à nouveau. Allant dans certaines librairies, j'ai été surprise de voir à quel point les livres qui étaient présentés correspondaient à mes désirs et préoccupations du moment, ce qui m'a profondément gênée. Où est alors ma liberté de penser ? Ou tout simplement, je me croyais originale et je ne le suis pas !" (Jeanne Dreyfus, 75).

- "Essouflé comme tant d'autres par le monstre publicitaire, et désireux de respirer enfin, j'entends adhérer à votre mouvement. Ma motivation est proportionnelle à mon agacement, face à la possibilité impressionnante du "marketing", "packaging" et autres "connering" de polluer, purement et simplement, mon bio urbano tope" " (Georges Mairand, 85).

- "En tant que citoyen originaire d'Aftique, je suis particulièrement révolté par les clichés et les aberrations véhiculées par les messages publicitaires à l'égard de ce continent et de ses habitants" (Mohamed Soulé, 93).

- "J'étais excédée par les gens qui viennent sonner à tous les étages pour porter les prospectus. (Je travaille souvent la nuit et dors le jour...). J'ai donc écrit sur la sonnette et la boite aux lettres : "Pas de pubs, SVP", ce qui diminue un peu les coups de sonnette..." (Danielle Vergne, 13).

- "En ayant bien envie de soutenir votre mouvement en tant que chômeur (...), je vous assure de l'expression de ma solidarité contre l'abrutissement des gens par les médias" (Andy Weeks, Londres).

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